L’égo des super-héros
Lisa aimerait bien être héroïque, mais elle est trop timide.
Non, j’aurais pas osé faire reposer un film sur un papa gentil qui subit une injustice. Mais Messieurs Larrieu, sincèrement, merci de l’avoir fait parce que – déjà, c’est touchant – et en plus, je vous avoue, entre les Avengers et les trisomiques résilients, les gens qui baissent parfois les bras, comme moi…
Beh on manquait de représentativité au cinéma.
Dans Le Roman de Jim, votre personnage, Karim Leklou, est le héros. Et comme tout héros de fiction, il fait face à un obstacle : son fils – pas de sang, mais de cœur – est emmené par sa mère de l’autre côté de l’Atlantique. Et qu’est-ce qu’il fait face à cet obstacle, notre héros ?… Pas grand-chose. Pas grand-chose ! Enfin, un héros de cinéma auquel je peux m’identifier.
L’héroïsme, c’est une qualité, mais c’est un privilège aussi, non ? Par manque de confiance en soi ou du fait de limites sociales, économiques, on n’est pas toujours capable de traverser des océans ou de jouer au grand sauveur. Quand je vois Batman : “seul, je vais sauver tout Gotham”, je suis là : Oh ça va, le boulard ?
Non mais l’égo des gens qui font des grands gestes comme ça, moi, j’en peux plus. Le pilote qui a fait atterrir un avion sur l’Hudson, vous vous souvenez ? Certes, il a sauvé des vies, mais je te parie tout ce que j’ai qu’en soirée avec lui, tu peux pas en placer une.****
“Et c’est à ce moment-là que j’ai compris que c’était la rivière ou la mort.” Oui bon, ça va Sully…
C’était il y a 15 ans, change de disque.
Moi, j’aimerais bien être héroïque, mais je suis trop timide. Quand je vois qu’un landau avec un bébé est tombé sur les rails du train, je me dis : je sauterais bien pour le sauver, mais tout le monde va me remarquer.
J’ai déjà envie de crever quand on me chante « Joyeux anniversaire » au resto. Imagine si une maman hurle “merci” au milieu de Strasbourg-Saint-Denis. Madame, shhht : je n’ai fait que mon devoir en attrapant ce landau. Mais je comprends le soulagement : je sais à quel point c’est cher, une poussette.
Et comme votre personnage Karim, je me dis que je suis peut-être trop gentille aussi pour faire des grands gestes héroïques qui souvent t’emmènent à la confrontation. J’ai trop peur de déranger. J’ose déjà pas demander à quelqu’un qui marche sur mon pied dans le métro de se décaler, donc imagine demander à un mec de libérer des otages.
La pire négociation de l’histoire : “si vous pouviez laisser partir les enfants au moins… enfin si vous voulez bien sûr, quand vous avez le temps, les plus moches, oui, si ça vous arrange.”
Donc je vous remercie, Messieurs Larrieu, de raconter l’histoire d’un père dépassé par son combat. Ça vous dit pas de faire des remakes de films classiques mais avec des héros comme nous, qui renoncent, parfois ? Genre Titanic, mais avec Jack qui est là : “Et oh, bouge ton cul la rouquine,
on se les caille ici.”
